dimanche 18 juillet 2010

Sérigraphie

Michel Valprémy
A Jacques Cohr

L'oiseau de fer se décompose, outre crevée,
Edentée, défoncée,
Cul de tôles plissées.
                  Spectateur, en recul, je conçois une musique...choc urbain ? Cris sur l'écorce ?
Les astres liquides caressent l'emblème mécanique.
                   Les insectes ont-ils jamais brisé leurs ailes et carapace se croisant, se dépassant ?...
Un peintre, charognard du hasard,
Vomit,
De la pourriture d'acier,
Ses couleurs comme des voyelles.

Inédit - 25.9.1975.

dimanche 4 juillet 2010

Au grand soleil

Michel Valprémy




LPDA n°95, août 1986

dimanche 27 juin 2010

Comme effacé

Michel Valprémy

disparus dans le loisir de l'autre sans expliquer soudain le hasard ou de quel aimant
il ne resta qu'une trace le faisceau régulier inexplicite (d'abord) du spot dans l'oubli des lunettes et peut-être (n'inventais-je pas déjà ?) le sanglot secoué des glaçons mais rien autour n'avait tremblé craqué ni brume ni fumée aucun brouillard une anesthésie choisie (forcée ? question ultérieure) la douleur trancha la nuque et le sang incolore coula sur le tabouret les coussins les tables les murs l'œil s'égoutta je n'avais rien vu (ou si peu si pauvre) le ventre s'ouvrit comme pamplemousse juteuse juteuse viscères pendus rien d'autre aucune dérive pas même le pas la négligence du geste un laps figé glaciaire le silence cellulaire il n'y aura donc pas de notes photos diapos films toute condition occultée — mais vraiment le verre parle et l'on ne boit pas — nul frôlement une absence de salive et de contacts
l'oubli s’achève dans l'oubli la chute et la coupure des graminées




Inédit – 14/04/1981 - 1985 (dessin)

mardi 15 juin 2010

Nota Bene

Michel Valprémy














Tuyau n°7, juin 1986

dimanche 30 mai 2010

La loi

Michel Valprémy

Ils ne s'inquiétèrent pas le premier jour. Talion, le chat sacré, le Birman, avait disparu. Ce n'était pas la première fois et il connaissait bien les lieux. L’animal de luxe vivait comme un chat de gouttière, le plus souvent dehors, par tous les temps. Cependant la période du rut était passée. La chaleur d'août, comme une ankylose, retardait la décision d'une recherche systématique. Le benjamin de la famille restait inconsolable. Une semaine s'écoula sans cris, sans appels, sans témoins.
On le découvrit inanimé dans un recoin de la grange aux foins, la patte avant droite prise dans un piège à rats sommaire (personne n'avoua jamais l'avoir posé). La grand-mère répétait que le plus proche voisin était le coupable, ne lui jetait-t-il pas toujours des pierres ? La blessure profonde et puante découvrait les os, la chair bleuie se décomposait, les fourmis s'y pressaient. Le sang séché tachait le poil crème, les yeux bleus à demi fermés suppuraient.
La mémé et son petit-fils soignèrent sa plaie avec un coton imbibé d'eau-de-vie ou d'une lotion de romarin. Talion se laissait faire sans plaintes, parfois il haletait comme un chien au retour de la chasse. Les autres s'écartaient, dégoûtés, en l'apercevant, ils refusaient de manger avec force grimaces quand le chat, réclamant quelque nourriture, déposait tant bien que mal sa patte déchirée sur les mollets ou les genoux.
Les vacances étaient gâchées. On décida "d'achever les souffrances" de l'animal qui, malgré les rebuffades, retrouvait en boitillant toutes ses habitudes. "Ça nous enlèvera une épine du pied !", enfin une parole franche. "Qu’est-ce qu'on en fera en ville ?" Le petit pleura, supplia même. Rien n'y fit !
Le fusil fut nettoyé, "Ça sera fait pour l'ouverture !" et le coup partit tôt le matin derrière les anciens cabinets de planche. On sut que Talion était enterré sous le tas de fumier car l'enfant y déposait régulièrement les plus beaux dahlias du jardin. On instaura le silence. Les siestes, les baignades se succédèrent comme avant. L'œil de la grand-mère devenait cruel, l'enfant, accroché à son tablier, ne la quittait plus.
Dans les premières nuits de septembre toute la famille fut réveillée par des grattements ininterrompus à la porte d'entrée. On ne découvrit aucune trace, aucun indice. Le petit, sans l'avouer, remarqua des écorchures sur les plinthes de la cuisine. La journée des miaulements résonnèrent dans toute la maison comme un écho lointain, entêtant et lugubre répondant à la sonnerie de l'horloge. Le vent devint coupable. On inspecta sans résultat les cheminées.
Un matin, les deux filles aînées et leur mère se levèrent les bras et le cou lacérés, griffés, piqués de morsures. On accusa les bestioles nocturnes, araignées, cancrelats ou mille-pattes. On parla même d'une allergie aux premières girolles.
Le jour précédant la rentrée des classes, le père, arpentant le verger se coupa la jambe droite avec la faux oubliée dans la luzerne. Sous la chair soulevée comme un copeau on apercevait le tibia.
La nuit de l'accident les miaulements cessèrent. Tout sembla rentrer dans 1'ordre. Seul, chaque dimanche, le garçonnet retournait brièvement devant la petite croix d'osier surmontant le tertre de fleurs désormais pourries.
A la Toussaint le père que l'on croyait guéri recommença de souffrir. On multiplia en vain les visites aux médecins, aux spécialistes. La blessure ne se cicatrisait plus, le pus coulait sans interruption. La gangrène se développa. Il fallut amputer.
Au printemps le père se tira une balle dans la tête avec le revolver qu'il conservait depuis la dernière guerre plié dans un mouchoir au fond du tiroir du confiturier.
Un peu plus tard dans une haie d'aubépines bordant le pré des cognassiers le petit-fils aperçut un chat, réplique exacte de Talion. Il crut le voir sourire.

Inédit

La saison des A

Michel Valprémy


LPDA n°41, juin 1985

dimanche 16 mai 2010

Berthe la douce

Michel Valprémy

Berthe est une femme douce, une vieille femme ridée et douce au regard tendre. Berthe ne ferait pas de mal à une mouche.
Berthe ne ferme jamais la porte de son logis, mais elle ne bavarde pas sur le seuil, c'est impoli. Elle fait entrer, même pour un petit instant. On peut, à l'occasion, partager son modeste repas, un ragoût de pommes de terre, sans viande, qu'elle a baptisé "sauce cailloux".
— " Rien de plus facile, asseyez-vous, j'en ai pour une minute... Je fais revenir mon ail, doucement, doucement, je suis à vous... Un peu de farine, pas trop, pour le roux... Je viens... Ça va cuire tout seul. Je blanchirai avec un jaune d'œuf, des œufs frais de ce matin. C'est la bonne Amélie qui me les porte. Je blanchirai ; et le tour sera joué."
Berthe trottine dans sa cuisine, du placard au réchaud, du réchaud à l'évier. De temps en temps, elle soulève le couvercle du fait-tout, diminue la flamme, recueille un peu de jus dans la cuillère de bois, goûte en faisant claquer sa langue, rajoute une pincée de sel ou un demi-verre d'eau.
Chez Berthe on ne doit jamais s'asseoir sur une chaise ordinaire. Il faut prendre le grand fauteuil rembourré.
— "On me l'a offert le jour de mon départ à la retraite. Le Directeur lui-même. Quarante-deux ans dans le même magasin. Vous vous rendez compte. Un Grand-Magasin. C'était fatigant pour les jambes, debout toute la journée, du matin au soir. Mais ils étaient gentils avec moi. Les autres vendeuses ont fait une collecte. J'ai pu acheter à ma remplaçante, la nièce de ma jeune sœur, vous savez celle qui n'a pas eu de chance, son mari est mort dans le nord, d'un coup de grisou... Qu'est-ce que je disais ? Oui, j'ai pu acheter la glace ovale à la cordelière dorée, et ce vase d'opaline. J'ai reçu le grand diplôme, avec mon nom. Regardez ! Je ne vous raconte pas des histoires. Berthe Desmoulins. C'était moi la plus ancienne. Et puis, ça fait des souvenirs."
La maison de Berthe est bien tenue. Le buffet, la maie qui appartenait à sa mère, luisent et sentent la cire. A la bonne saison, elle les remplit de bocaux de légumes, de fruits au sirop, de confitures de toutes sortes. Le coing et le melon ont fait sa réputation. Des petits pots placés sur le devant des étagères, un échantillonnage de ses préparations, sont réservés à la dégustation ou à la distribution. Pour les grandes occasions, les visiteurs de marque, l'Adjoint au Maire en raffole, Berthe ouvre avec fierté son stock de miel. Elle est la seule à posséder, au fond de son potager, deux ruches en pleine activité.
Berthe ne quitte que rarement sa maison, quelques rhumatismes articulaires l'empêchent d'envisager de longs parcours. Elle verse au cantonnier une modique rétribution pour l'entretien du caveau de famille, où sont enterrés son père, sa mère, et sa jeune sœur qui n'a pas eu de chance. Berthe fait aussi porter quelque bouquet sur la tombe de Marcel Pinquet, le seul homme qu'elle ait aimé. Il fut assassiné d'un coup de surin dans une rue de Tanger. Le jour du retour du corps, la fiancée lui a juré fidélité, promesse tenue malgré les conspirations d'une famille bien décidée à la marier.
Berthe n'a rien à craindre. Elle est si douce que personne ne peut l'abandonner. Les commerçants la servent à domicile, elle les remercie d'une liqueur ou d'un cordial faits maison. Berthe a la main verte, les balcons de ses fenêtres, cactées et géraniums font l’admiration de tous. Ses boutures sont recherchées, on lui demande conseil pour l'arrosage, l'utilisation des engrais. Quand le temps s'y prête, elle se dirige, cabas au bras, vers l'impasse des Faures. A quatre pattes, elle glisse des boulettes de pain et de viande sous le portail de l'ancien maréchal-ferrant, nourrit une kyrielle de chats abandonnés. Parfois, aussi, Berthe va à la messe. Elle récompense d'une pièce ou d'un billet, à part égale, les enfants de chœur, connus ou inconnus.
Aujourd'hui, elle n'est pas peu fière. Elle est invitée. Elle mettra sa nouvelle robe gris bleu. Pour une fois, le noir ne sera pas de sortie. C'est Monsieur Rombert, le marchand de volailles, qui a invité Berthe. Personne dans le village ne saigne les poulets, ne dépèce les lapins comme elle.

Inédit

Ta corne

Michel Valprémy


Ta corne

LPDA n°11, novembre 1984

dimanche 25 avril 2010

Réveil (détails et fragments)

Michel Valprémy


… une gare, enfin on le suppose. Un lavis sorti du chaos lisse de la nuit, un départ en arpège, en morse (ce qu'il se rappellera). Un sommeil de ruban noir, vierge d'empreintes et de conscience Mais on dit aussi beaucoup de ce qu'on imagine. On compare. Comme, comme si. Des franges d'aube. Un rideau se soulève sur une aurore grise, brumeuse. Ce trou de clarté au loin d'un tunnel obscur. Ce qu'on raconte du passage de la vie à la mort, de la mort à la vie. On se repose, c'est un nocturne plus simple. C'est un rêve. Il rêve… une gare...oui, le ventre bombé d'une verrière. Il a soif. Silencieusement, en lui-même, il réclame un verre d'eau. Il se situe à l'extrémité du pont en U, du côté du quartier aux noms de rues Indochinois ; il se retourne et ne reconnaît pas le décor, trop de treillis en fouillis enjambés par une passerelle grise ; non, elle ne ressemble pas à celle croisée chaque jour du haut du bus qui le conduit régulièrement à son travail. Il a soif. Les hommes s'y cherchent encore, certainement. Ce n’est pas dans son rêve. Un verre d'eau. Il n'a pas vu les marronniers. Quelle saison ? Il est peu vêtu mais il ne fait pas chaud. Un jean très délavé, usé mais net, une chemise ample, ardoise, les chaussures indéterminées. Il paraît plus jeune que son âge réel, dix ans de moins environ, il peut donc avoir vingt ans. Avant de traverser la rue qui, à cet endroit, s'élargit en une fausse place, il s'arrête un instant, pose sa main gauche sur la rambarde fer, ses doigts ne saisissent qu'une masse de lierres tressés, il arrache une feuille vernissée la pressant nerveusement dans sa paume. Il enjambe un égout — c'est un pas de danse — dont l'épaisse grille couronne des prisons souterraines. Aucune alarme. Il glisse. Traînent des tickets de bus, quelques uns orangés, d’autres jaunes ou presque blancs, des reliquats de nourriture, des fruits gâtés, un citron ou une orange dont il distingue la moisissure verte, velue comme un corps d’araignée. Sur le bitume des traces étranges, plus que les lignes du code de la route, plus que les limites des terrains de sports , un ciel d'astrologue avec, en relief, les constellations. C’est un rêve. La soif augmente. Il fait claquer sa langue Sa bouche est emplie de farine, de glu. Il le sait maintenant, il est proche de chez lui, il boira. Il marche au ralenti sur un sol moussu. Aucun véhicule. Personne. Mais le jour croît. Il avance régulièrement. Le point qu'il se fixe, l'angle gauche du mur de son impasse, recule, s'estompe, réapparaît. Plusieurs fois. Il ne se trouble pas. Il est sûr. Il veut boire. Il se penchera sur le lavabo blanc — quelques traces de savon séché collant de courts poils bruns sur la faïence — et dans sa main… Il marche presque raide, lève la tête vers un ciel maintenant pastellisé. Il ne s'y arrête pas. Le robinet d'acier mat résistera, grincera dans sa rotation, un mince filet d'eau s'écoulera, il cherchera un verre, non il se penchera... Le coin de sa "voie sans issue" une murette peinte en un marron très laid surélevée d'une clôture de cannes, transparente malgré l'effort des voisins pour la rendre opaque. Un court arrêt, peut-être, Sur le lilas mauve, sans le respirer. C'est donc le printemps ? Pas sûr. On murmure que c'est un rêve. Au fond de l'impasse beaucoup trop longue — que font ces palmiers dépassant le mur ? — un jeune homme secoue une porte. La sienne. Deux séquences alternent. Une vue éloignée de la scène, approximativement de l'endroit où il se trouve (on ne sait plus s'il avance) et le visage de l'inconnu, en gros plan. Oui, il ne l'a jamais vu. Une bouche charnue, presque violette, excessivement ourlée sous un duvet léger et blond. Sur la déhiscence des lèvres paraît une goutte de salive. Il s'applique. Là-bas l'adolescent tout habillé de noir gesticule, s'acharne sur la poignée. "Mais il va tout me démolir" Ce n'est qu'un rêve. Vraiment, Les yeux si bleus, une céramique, perçants sous l'accent doré des sourcils, toute la peau étrangement mate. Tu dirais "l'Ange du Mal ou la beauté du Diable" quelque chose comme ça. Une cicatrice courte, fluide, sous l'arête de la pommette. La silhouette obscure s'arc-boute à la porte puis s'agite comme un pantin électrifié. Les cheveux cendrés renvoient la lumière. "Est-ce l'aura des Saints ?" Il avance, les constructions s'effacent, roulent sous ses pas graviers et cailloux. Une odeur de viande fraîchement tranchée, de tripes et de sang, alourdi la douceur de l'air matinal. Que se passe-t-il exactement ? Ils vont se croiser. Il veut lui parler, le retenir, lui ouvrir, le rassurer, l'inviter, le toucher. Eloignés. Il tend peut-être un bras. Il a mal. Le jeune homme se retourne à plusieurs reprises, sans sourire si. Il n'a plus soif ou il n'y pense plus. La clé est dans la serrure. Alors pourquoi tout ce remue-ménage ? Il fait si doux soudain, on s'y baptiserait il observe toujours le garçon qui s'est arrêté et le regarde fixement. Il fait un geste d'appel. En un éclair l'inconnu l'a rejoint, bousculé — vraiment, la beauté. Il est tombé, raide, la tête heurtant violemment le ciment du trottoir. Il n'a pas mal, il ne voit que ses doigts introduits dans la braguette entrouverte du jeune homme qui rit aux éclats. Il distingue nettement la ligne de poils clairs descendant du nombril jusqu'au sexe caché. Une déflagration interne secoue son corps. Un aller-retour de mercure. Une explosion de caoutchouc dans la poitrine. Une herse se lève, un déclic magnétique. Clap. Une autre lumière, plus diffuse encore. Entre chien et loup. Où est-il ? Et l'histoire achevée. La soif. L'œil bleu. La braguette. Un réveil. Il a compris, dans un circuit pâteux de pensées informes, avortées. Il a refermé les yeux. Un clignement. Il n' a rien vu des murs. Et, il tire le songe. Mais la conscience s'organise. Des images flottent, fuyantes, puis s'agglutinent comme un essaim. Une suite à l'histoire; il la veut. C'était si bien; ce qui aurait pu arriver. Il remonte le drap, soulève les couvertures, du fond du lit roule une bulle de ses odeurs. Au chaud. Au chaud. Il est bien. Il se le dit doucement. Récupérer le rêve. Au chaud. Le rêve. Garçon. Chaud. Si bien. Récupérer le rêve. Garçon. Ils se retrouvent dans la chambre, une obscurité bleue ça c'est sûr, le jeune homme pantalon baissé. "Il faut que je me lève !" Succession de scènes et la raideur matinale au centre du corps, une douleur superficielle, lancinante. On se croirait dans une séance de projection de films underground à l'automne 67. Chair rouge, plus que hâlée. Œil dans l'entrefesse. Il lape. C'est lui à genoux, jambes écartées, la tête sous le traversin, offert comme l'animal à la bouche avide, lente et dure. Le jeune homme n'a plus de visage. Tous les corps, mince et blanc, lourd, gracile ou trapu, lisse, velu, chaste et obscène. "Il faut que je me lève!" Il engouffre un sexe cerné de plis, preuve contre sa blessure, son membre raboté. C'est toujours pareil. Il le sait. Il cherche en vain à lier les différentes séquences, pour se souvenir, pour adoucir aussi les images (une trame plus romanesque). Il reprend le scénario au début : la ligne de poils clairs descendant du nombril. Il se dresse la joue égratignée par les graviers, il se tient la tête mais il ne souffre pas Le garçon sourit "que je me lève !" Il lui ouvre la porte, vieille, dont la peinture verdâtre s'écaille. Ils n'ont pas le temps de gravir l'escalier étroit, obscur, recouvert d'un linoléum gris. Nudités encore, nocturnes. En grappes et paquets. Salives et coïts. L'escalier : "Ne te frotte pas contre le mur, tu vas te salir !" Au-dessus de son visage deux couilles grosses comme des grenades brunes ballottées dans leur enveloppe épaisse et molle. Plus haut une main puissante branle une queue de blagues, d'anecdotes de bar, énorme et violacée. Il ne voit que ça. Le va-et-vient mécanique, huileux. Il attend la semence chaude, la source." tu vas te salir !" Du plâtre à terre. Un cul rosé, glabre en gros-plan. Ses yeux le démangent, au coin surtout." Je vais encore avoir de ces poches !" Les pieds glacés recroquevillés l'un sur l'autre, les mains jointes glissées entre ses cuisses; il dort en chien de fusil, toujours. On s'en amuse, on s'en plaint quelquefois. Qui croirait qu'il fait froid ? Quelle saison ? Il ne sait pas encore. Donc, rosé glabre. C'est un homme âgé qui le dévêt lentement avec une satisfaction éblouie des ravissements dans les mains, des sourires de merci. Le slip glisse sur ses hanches, le sexe paraît, assez tendu pour, dans l'obscurité, donner l’illusion d'un membre complet ; plus haut il se mord les lèvres (et son front toujours sue). Il ne veut pas être rejeté. Pour ça. Il avait 8 ans. Ses camarades de jeux, docteur et malade chacun son tour, ne voulurent plus l'ausculter le toucher. Il leur affirma "C'est normal, c'est pas une maladie, c'est pas contagieux". Rien n'y fit. Ce gland trop rose, tuméfié, rabougri, avait de quoi épouvanter. L'exemple du frère ne fut pas un secours. On rangea tout. On commença de se déshabiller en se cachant. Mais l'homme se précipite et l'avale. "Oui je pourrais faire l'amour, enfin me laisser aimer, par pitié, enfin c'est pas tout à fait ça, combler celui qui en est privé. J'ai connu ça au départ. Peut-être était-ce moi qui me faisait pitié." Bord d'un canal à la sortie du lycée, l'homme boitait, effrayé d'un rien, ses doigts tremblaient. Le sperme coulait sur l'écorce des arbres. Ce n'était pas si simple. Quel dégoût ensuite ! L'âge où il se recommençait, Grand Sage, Pur Apôtre, plusieurs fois par jour. Il suffisait de bien se laver les mains. Il va se lever. Dernier écran. Attouchements directs et maladifs au premier plan d'une coulisse. Derrière lui une main se glisse entre ceinture et boléro. Il ne se retourne pas comme si rien ne se passait. Classique quoi ! Il sait le visage laid et même repoussant. Toutes les mains nous prouvent, le peuvent. Se dire, sans regret, que l'on aurait pu, avant tout être un corps. Il tend un bras hors du lit et, à tâtons, cherche sur le sol l'inséparable carnet beige à spirales, Clairefontaine 30/23 4 F.20. Il lit les notes de la veille. Feutre bleu. Il est bien réveillé. "MARDI 30 OCTOBRE. La clarté sera dentro. Attends-je qu'on m'interpelle ? Je réévalue les accords possibles. Ce que j'ai à dire, vraiment : des détails. On ne regarde jamais assez le ciel. Et si c'était l'âge d'or ? 13 heures 30. Pont en U, toujours, face à la passerelle. Un train s'éloigne, d'autres véhicules, des gens, me croisent. Je fixe les marronniers à peine jaunis. L'Automne est au bleu, en camaïeu, de ces journées fraîches et claires où le ciel nous domine, nous espère — une protection aussi — comme une coupole. Je ne suis pas pur. Ça y fait. Un nuage de nuages Tu adores mes flancs que j'ai si souvent mis au ban de mon écorce et tu goûtes plus loin, mille places en une, écartant les linges. "Encore, sur la même page, à l'envers. Gérard 50 francs/Capricci eau-forte éditée pour la première fois à Venise. TIEPOLO/nonchain=poire d’automne/Lundi photos/SALOMÉ/Acheter étiquettés. Il doit noter son rêve: "Passerelle.il ---> verre d'eau. Un autre ---> clé sur la porte.

25.02.1981

dimanche 11 avril 2010

Collecte et gobe

Michel Valprémy

collecte et gobe




Basic graphik, mai 1985