lundi 11 avril 2011

Loin

Michel Valprémy

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Quel silence, enfin, intra-muros, à trois cloisons du
premier homme, à trois cloisons du bris des porcelaines, du tintouin des casseroles - un tel sabbat pour une soupe-minute! -, loin, loin des musiques indiennes, du tam-tam vaudou, loin du marteau et de l'enclume, du clou rivant le cercueil de nos anciens à bout de souffle, le cercueil des athlètes en maillot rosé, décharnés, rabougris, rétrécis du printemps au printemps, loin des rats crucifiés, des moutards fouettés pas pour rire, loin, loin, loin de la crécelle des ondes publiques, du babil des stars à une branche (j' te racont' pas - s'ils disaient vrai), loin des missels terroristes, croc pour croc, loin des jeux de cordes et de mitraille, de la rancune pierreuse du bon mari de naguère, à deux étages du dernier crève-la-faim (le clan est complet), à deux rues du bizness café-trottoir, cinq d'un amour frileux qui me fit confondre une fois encore la fourrure et le sel, loin des porches, des parvis, des brocantes sacrées et profanes, loin des musées sans poussière, sans chair ni diablerie, ailleurs, en repli, en deçà du nombre, au secret, au repos, loin de la lumière miraculeuse - jour et nuit - des marronniers de mars.
 
Et quel repos, là, sous les paupières, sous la peau de
l'œil, sur cet écran frontal, demi-lune tantôt bleue, tantôt rousse, tantôt paille de fer, quel repos en ce pays, en cette lande ondoyante (à peine), moirée (presque pas), en ce cosmos petit où s'incrustait, décalqué blanc sur blanc, le rectangle d'une fenêtre d'été ouverte à deux battants, où se dissipait dans un gris uniforme le brouillard des chagrins vendus aux encoignures, où le plaisir, Madame, oui, coulait sa liqueur d'orange, ses braises en limaille, où s'éveille parfois le souvenir d'une sieste spéciale - la première dans le camp des faneurs les plus costauds du monde -, un sommeil pour du beurre à l'ombre d'un béret.
Ici-bas, donc, dans l'obscurité de la chambre, juste avant les pulsations du rêve (à Séville trois éventails très-chrétiens lâchèrent des taureaux, des pivoines et des naines poudrées au pied d'un reposoir), juste avant l'embaumement du sommeil (anesthésie brutale ou philtre cotonneux), avant le dépli des fatigues, j'habite des cabanes que j'inventais quand je les habitais.
 
Reste à dormir debout, sourd,
sonneur, souche, plomb, bébé, loir, comme tout ça, comme après la mort d'Elle & Lui, après la noyade, après l'hôpital, chambre 231 (j'deviens foll' p'tit, foll', la douleur me quitt' pus), chambre 37, ma main vive dans la sienne morte avant l'heure (me r'fair' la c'ris', huit jours, me r'fair' la c'ris), chambre 24 où le corps rote et pète sans trop le vouloir (s'cus', c'est Navarone, c'est l'ouverture 1812), chambre 18 (jet? mes dents, j'te prie, j'te prie, jett'-les, après), dormir loin du dormeur (trop tard, trop mangé, h.s., pas l'envie), loin du ronfleur, de l'asmathique, de l'allergique, loin du bébé baveur et hurleur, loin du chien moribond, dormir, meunier, dormir, belle au bois, dormir, poupée dormeuse, chambre x, chambre froide, inconnu au moulin.
 
Il est nuit, il fait nuit, il se fait nuit bonnes gens d'ici,
d'ailleurs et de partout, nuit profonde, épaisse, épaisse, quel moka! quel civet! Des parpaings de suie ; l'oreille, seule, les traverse et fouille dans le marc ; revanche des bruits perdus, des bruits perdus du jour (la lumière de midi palpable, nourrissante, brûle les sons, les mélange en sa sueur, en son jus d'ambre chaud - ô mon insecte piquetant la pelure du ciel!) ; nuit noire, trop-plein d'embuscades, de miroirs aveugles ; quelle est la main et l'ombre qui me trouent, me réjouissent, me défigurent? Si c'était le dernier mystère, un carbone vierge épingle dans la chambre obscure, dans la cabane close, dans l'écurie, cible sans marge, sans lisière ; et cracher dessus. Nuit claire, più chiara del giorno, en arêtes, en squelettes - l'espion se démasque et salue les fontaines -, nuit de douceur ruisselante - le givre, même -, qui invente la transparence du vitrail, des lacrymatoires, des fioles médicinales et des flacons d'agate où le sage chinois emprisonne les brouillards des cimes et des vais, nuit pour les amants extasiés aux yeux toujours ouverts, nuit d'Iseult, de Didon, nuit bleu nuit, nuit d'Idumée, nuit d'une unique nuit.
 
Quel ennui, soudain, entre les draps, dans la grotte tiède
peinte par les hommes de l'art neuf, quel ennui, chaque nuit, sous le plafond crispé, à tondre les moutons, à les égorger, les étriper, à clumer dans son coude, à compter sur ses doigts (sept, douze, mille tre), quel ennui dans ce parking désert, dans cette rue obscure, cette voie de garage, en ces impasses gigognes où je recule, où j'agonise pépère, en pure perte, loin des rats et des taons, loin du caquetage des mamies bucoliques, loin des gares et des quais, loin, loin des halls cannibales, des blagues de comptoir (ici Radio Moquette!), si loin d'une main tendue, d'un coup d'épaule, loin, loin, trop loin mon amour du boucan de ta panse.
 
Nuit bleu nuit (extraits)
 
"Est limaille en frisons, petit plomb, impression soleil crevé"
Michel Valprémy
 
Supplément à Bulle n°9 Mars 1996 - ISSN 1259-928X Christian Dégoutte Au Bourg 42260 Bully




















dimanche 3 avril 2011

Portrait

Photo : C. Martin

photo1

Parution : M25, n°106, mars 1986

dimanche 27 mars 2011

Elle souffla la bougie

Michel Valprémy

Elle souffla la bougie et l'obscurité fut. On cherchait nos gestes d'aveugles (ancien colin-maillard), sur la pierre déplâtrée, à hauteur des fagots, un éclat de silice scintilla.
... le fin brasero d'une cigarette dans la nuit des peaux rances... lune, vieux masque blessé des arbres polypiers... sur le verre irradié des lunettes d'été un profil simiesque, sans âge (ma tête passe). Au plus loin du constat le grésillement tungstène des lagunes... noyé sous la poix du soleil, l'ombre ocre du pisé glisse en aval de ma chute encore exquise à vos pieds de mendiants

Rectangle n°4, Lyon, 1984

lundi 7 mars 2011

Test 68

Michel Valprémy

test 68

“La reine des guêpes”, Le dépli amoureux, septembre 1986

dimanche 20 février 2011

… qui danse

Michel Valprémy

Khoreia I
--> 1.2.3- (répété) Girouettes. Nord. Sud.
--> Il a dit "diagonale". On se vengera aux 4 vents, sans pancarte, alibi ou miroir. On m'aura fait promesse, après les fards, la cage ronde des spots : "Tu TE danseras !"
Khoreia 2
Dans la rigueur exercée (poses et variantes) un remous
du jardin fœtal (on le suppose) et pour bond, Pégase.
nuit coule sur la paume serrant la barre (quelle source impure ? paroles de profane) corps fibres de l'âme suintent après bravi IL crie une fin (hors des hiérarchies arbitraires) le double l'autre échappés perdus à peine montrés le saut le geste le plus rare n'atteignent que l'éphémère et souvent l'œil grimace de qui ne sait pas TRAVAILLE ! tu mourras jeune qui danse connaît ce vertige bref libre plus haut que la permission du poids plus élastique que le tendon le plus souple gravite derviche plus grand plus difforme plus bel plus vicié que l'image libre libre du sol et des codes
Crucifixion
C'est fini ! dernier projecteur. L'ombre est régulière,
le plateau nu. Jusqu'à demain ? toujours ? Une fois
encore la sueur, l'essai S.V.P. Non, la peau humide
pend, le miroir a rendu les rides.
Il fait vieux partout.

Les dossier d’Aquitaine n°05, 4e trimestre 1983












dimanche 6 février 2011

C'est spécial

Michel Valprémy

C'est spécial, cette fatigue des mamans dans le bus, des mamans aimantes, des mamans de famille nombreuse. Comme leur regard change quand un instant la marmaille s'assoupit, quand cessent les bagarres à grands coups de petits drapeaux de chez Mc Donald's. L'œil des mamans se retire en dedans (est-ce l'oreille qui fait le guet ?) ; on n'y distingue plus la moindre étoile, la moindre lueur. C'est une mer morte. Les mamans dorment debout. De temps à autre, elles bâillent en dormant.

Edition Jour de lettre, avril-mai 1996

dimanche 23 janvier 2011

La Boue (dessins)

Michel Valprémy

La boue 1
La boue 2
La boue 3
La boue 4

Chats avalanches n°6, avril 1985

dimanche 16 janvier 2011

Un jour, le jour

Michel Valprémy

Draps lisses camisole nuit de terrier de souche d'hibernage chaos lisse sommeil ruban noir sans empreinte frange d'aube grise brumeuse murs bleu nuit plafond fendillé (minces deltas terres altérées vernis fissuré) papier peint arraché au chevet plâtre creusé combat nocturne ? lutte amoureuse ?
Sous la main hebdomadaire fermé tache de salive sur l'oreiller réveil cadre vert rond et laid ampoule nue aucun signe de l'extérieur bras tâtonne sur le sol carnet à spirales traces de la veille "nonchain=poire d'automne/Capricci TIEPOLO eau-forte éditée pour la première fois à Venise On ne regarde jamais assez le ciel. Ce que j'ai à dire : les détails" sexe calme se lever.
Bol blanc ras bord café noir épais cosmos éteint sirotons dans nos petites douleurs hebdomadaire ouvert "ON EMPRISONNE ET TORTURE AU CHILI" cuillère tourne odeur de toutes mémoires enfance Padoue collations estudiantines une orange luisante notes dans l'hebdomadaire feutre bave ratures flèches sans conviction.
Attendre l'éclaircie une soleil ne rien décider plus de projets d'histoire fleuve tout ébaucher recroquevillé envies fugaces lettres avortées ni appel ni secours ni quai n'i campanile ordre maniaque répéter le rite du café sans sucre roux (dès irréguliers) sans soucoupe liseron miettes de pain sous le doigt sentiers colimaçons tant à prouver encore l'eau bout déborde réparer le chauffe-eau toilette.
Douche longue éternelle lambeaux de jouvence râper la peau mue impossible petit baptême dehors enfin ciel bleu pour des regrets fin des lagunes soudain mieux respirer rire d'un jour d'enterrement puis hachures partout treillis sous le tamis seul et tant pis tant mieux volets clos porte verrouillée rideaux tirés entre soi et soi presque le silence (voix du palier ordres et claques)
Camélia gît sur ses feuilles pierre du caniveau bougie consumée Christ d'ivoire manchot buvard rouge "Qualité Supérieure. Teintes assorties" main transpire un peu stylo noir pointe fine constater les dégâts l'écorce récente à peler avec d'autres dents que les miennes pas de fer dans la bouche.
Fatigué de rien il faudrait reprendre les trajets ordinaires bus banques grands magasins mieux observer marche somnambule dans mes 9 m2 marée basse besoin de fixer des images dater ces évènements ces pages.
Il fait froid.
 
Interventions à haute voix, n°11, janvier 1985








dimanche 2 janvier 2011

Paysage clos

Michel Valprémy


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Ed. TRACES, Carnets coll. Mini, Le Pallet, 1986

Guerre simple

Michel Valprémy

guerre simple

LPDA n°46, juillet 1985