Inédits
mardi 20 novembre 2012
DEPÔT sur le petit tas tiède des
Michel Valprémy
DEPÔT
DEPÔT
sur le petit tas tiède des
l’enclume sur le petit tas
tiède des
posé l’enclume sur le petit
tas tiède des taupes
a posé l’enclume sur le petit
tiède des taupes, des
a posé l’enclume de son cul sur le petit tas tiède des taupes, des
figues
a posé l’enclume fendue de son
cul sur le petit tas tiède des taupes, des figues grasses
a posé l’enclume fendue de son
cul, a frotté sur le petit
tas tiède des taupes, des figues grasses, le tas de tourbe
a posé l’enclume fendue de son
cul, a frotté son trou sur le petit tas tiède des taupes, des figues
grasses, le tas de tourbe, de
a chialé, a posé l’enclume fendue
de son cul, a frotté son trou sur le
petit tas tiède des taupes, des figues grasses, le tas de tourbe, de
cailloux
a chialé (en dedans), a posé
l’enclume fendue de son cul, a frotté son trou sur le petit tas tiède des
taupes, des figues grasses, le tas de tourbe, de cailloux chauds
a chialé (en dedans, puis), a
posé l’enclume fendue de son cul, a frotté son trou, a bandé sur le petit
tas tiède des taupes, des figues
grasses, le tas de tourbe, de cailloux chauds, le tas
a chialé (en dedans, puis au
ciel), a posé l’enclume fendue de son cul, a frotté son trou, son, a bandé mou sur
le petit tas tiède des taupes, des
figues grasses, le tas de tourbe, de cailloux chauds, le tas de bouse
a chialé (en dedans, puis au ciel
glaireux), a posé l’enclume fendue de son cul, a frotté son trou, son étoile, a
bandé mou et dur sur le petit tas tiède des taupes, des figues grasses,
le tas de tourbe, de cailloux chauds, le tas de bouse
a chialé avec (en dedans, puis au
ciel glaireux), a posé l’enclume fendue de son cul, a frotté son trou, son
étoile, sa, a bandé mou et dur sur le petit tas tiède des taupes, des
figues grasses, le tas de tourbe, de cailloux chauds, le tas de bouse or
a chialé avec les (en dedans,
serré, puis au ciel glaireux), a posé crue l’enclume fendue de son cul, a
frotté son trou, son étoile, sa capsule, a bandé mou et dur sur le petit tas
tiède des taupes, des figues grasses, le tas de tourbe, de cailloux chauds,
le tas de bouse or et
a chialé avec les mésanges (en
dedans, serré, puis au ciel glaireux), a posé crue l’enclume fendue de son cul,
a frotté là son trou, son étoile noire, sa capsule, a bandé mou et dur et dur
encore sur le petit tas tiède des taupes, des figues grasses, le tas de
tourbe, de cailloux chauds, le tas de bouse or et croûteux
Plein Chant n°78-79, hiver 2004/2005
samedi 10 novembre 2012
vendredi 9 novembre 2012
Spécialités
Michel Valprémy
5. C’est spécial, en automne, cette course aux romans, cette foire. La saison (qui l’ignore ?) n’est pas propice aux feuilles vives. Le roman, en automne, c’est comme les cèpes, les châtaignes, le vin bourru ; une saveur passagère, une bonne chiasse.
6. C’est spécial, les traductions dans les films en version originale. Au Jésus-Christ ! américain répond notre Putain !
7. C’est spécial, ces ombres du voisinage qui meurent sans crier gare, sans tambour ni trompette, ces ombres qu’on ne connaissait pas, qu’on saluait parfois, toujours au même endroit, à la même heure, à la même fenêtre, qui vieillissaient lentement sans doute, comme leurs murs, leur paillasson. Eux partis, rien n’a bougé en nos usages et nous n’avons pas versé une larme. Pourtant, ce matin, j’ai décrotté à grande eau mon devant de porte, j’ai hardiment secoué mon paillasson et je ne me suis pas montré à ma fenêtre, sur le coup de onze heures, pour guetter l’arrivée du facteur.
8. C’est spécial et unique ce que me dit, au printemps 1973, cette très belle femme qui est restée mon amie : « Si tu me l’avais demandé, je me serais couchée devant toi, sur le trottoir. »
9. C’est spécial, ces garçons qui ne savent pas ce qu’ils sont. La main gracieusement posée sur l’épaule d’une jeune fille déjà conquise, ils vous dévisagent (ils dévisagent l’homme en vous) avec des prunelles de plume, de brume ou de silex. A votre tour, fixez cette main gracieuse sur l’épaule de la jeune fille : aussitôt elle se retire, elle flotte un instant dans les airs, avant de disparaître, en douceur, comme une invite, dans la poche étroite, ventrale, pubienne d’un blue-jean.
10. C’est spécial, cette manie de dévêtir, en pensée, tous ceux qui dans leur comportement, dans leurs gestes, leurs discours, s’évertuent à discréditer le corps, la chair. Prenons un exemple suprême, ma bête noire favorite, ma tête de Turc, mon bouc émissaire, je veux parler du Pape. Le Pape ? j’aime à l’imaginer, au bas de la passerelle de l’avion affrété spécialement pour Sa Sainteté, à l’imaginer nu, à quatre pattes, car il baise la terre qu’il foulera bientôt, dans cette position miraculeuse que les volumes mis à l’Index exposent sous le joli nom de levrette.
11. C’est spécial, l’égoïsme de certains, ceux qui vous appellent chaque semaine, souvent deux et trois fois chaque semaine, pour vous dire qu’ils ne vont pas bien, pas très bien, ou qu’ils vont mal, très mal, que ça ne pourrait pas aller plus mal. Ils vous appellent, vous, parce qu’ils savent que, pour vous, ça va toujours bien, que pour vous ça roule toujours tout seul. Et vous savez bien, vous, vous le savez depuis toujours, que leurs maux infernaux ne sont que tracas ordinaires. Vous écoutez. Mais il arrive que vous souhaitiez renverser la vapeur, qu’à votre tour vous sonniez sérieusement le tocsin. Votre problème, trois mots suffisent, illico réveille leur longue lutte, leur chemin de croix avec toutes ces stations plus douloureuses les unes que les autres. Vous, vous ne pouvez pas savoir. Vous fermez les vannes et reprenez vos billes. Vous écoutez.
12. C’est spécial, ces cuisinières qui, toute la matinée ont mitonné une recette nouvelle et qui annoncent, au moment de passer le plat, un peu inquiètes ou très sûres d’elles : « Je ne sais pas ce que c’est, mais ça sera comme ça sera ! »
1. C’est spécial, ces gens qui s’en reviennent de la très belle
ville d’Angers, ces gens qui disent : « Quelle belle ville
Angers ! Quelle belle ville ! Et propre ! On n’y voit pas un
seul Arabe ! » Ces gens qui, à la nuit tombée, trimballent en
laisses d’argent quatre chiens de race pour encenser nos trottoirs, ces gens
qui sentent les tapisseries royales, l’orchidée de cinq heures et l’anus
mentholé.
2. C’est spécial, cette fatigue des mamans dans le bus, des mamans aimantes, des mamans de famille nombreuse. Comme leur regard change quand un instant la famille s’assoupit, quand cessent les bagarres à grands coups de petits drapeaux de chez Mc Donald’s ! L’œil des mamans se retire en dedans (est-ce l’oreille qui fait le guet ?) On n’y distingue plus la moindre étoile, la moindre lueur. C’est une mer morte. Les mamans dorment debout. De temps en temps, elles bâillent en dormant.
2. C’est spécial, cette fatigue des mamans dans le bus, des mamans aimantes, des mamans de famille nombreuse. Comme leur regard change quand un instant la famille s’assoupit, quand cessent les bagarres à grands coups de petits drapeaux de chez Mc Donald’s ! L’œil des mamans se retire en dedans (est-ce l’oreille qui fait le guet ?) On n’y distingue plus la moindre étoile, la moindre lueur. C’est une mer morte. Les mamans dorment debout. De temps en temps, elles bâillent en dormant.
3. . C’est spécial, ces coupes au bol sur la tête des garçonnets.
Ce n’est ni beau ni laid, c’est une mode. Dans un autre temps, du temps de ma
jeunesse, cette coiffure de moine n’était pas prisée, elle couronnait un
pauvre, un pauvre bougre, un pauvre pauvre ou, peut-être, le premier du
catéchisme ; on s’en moquait. Aujourd’hui, c’est bien vu et personne ne
s’en plaint. C’est parce qu’ils sont nombreux.
4. C’est spécial, ce souci mignard de l’homme des parures. La
splendeur du chat exige une queue basse et les trous abolis. Ne toussez pas,
Madame, j’en perdrais la raison.
5. C’est spécial, en automne, cette course aux romans, cette foire. La saison (qui l’ignore ?) n’est pas propice aux feuilles vives. Le roman, en automne, c’est comme les cèpes, les châtaignes, le vin bourru ; une saveur passagère, une bonne chiasse.
6. C’est spécial, les traductions dans les films en version originale. Au Jésus-Christ ! américain répond notre Putain !
7. C’est spécial, ces ombres du voisinage qui meurent sans crier gare, sans tambour ni trompette, ces ombres qu’on ne connaissait pas, qu’on saluait parfois, toujours au même endroit, à la même heure, à la même fenêtre, qui vieillissaient lentement sans doute, comme leurs murs, leur paillasson. Eux partis, rien n’a bougé en nos usages et nous n’avons pas versé une larme. Pourtant, ce matin, j’ai décrotté à grande eau mon devant de porte, j’ai hardiment secoué mon paillasson et je ne me suis pas montré à ma fenêtre, sur le coup de onze heures, pour guetter l’arrivée du facteur.
8. C’est spécial et unique ce que me dit, au printemps 1973, cette très belle femme qui est restée mon amie : « Si tu me l’avais demandé, je me serais couchée devant toi, sur le trottoir. »
9. C’est spécial, ces garçons qui ne savent pas ce qu’ils sont. La main gracieusement posée sur l’épaule d’une jeune fille déjà conquise, ils vous dévisagent (ils dévisagent l’homme en vous) avec des prunelles de plume, de brume ou de silex. A votre tour, fixez cette main gracieuse sur l’épaule de la jeune fille : aussitôt elle se retire, elle flotte un instant dans les airs, avant de disparaître, en douceur, comme une invite, dans la poche étroite, ventrale, pubienne d’un blue-jean.
10. C’est spécial, cette manie de dévêtir, en pensée, tous ceux qui dans leur comportement, dans leurs gestes, leurs discours, s’évertuent à discréditer le corps, la chair. Prenons un exemple suprême, ma bête noire favorite, ma tête de Turc, mon bouc émissaire, je veux parler du Pape. Le Pape ? j’aime à l’imaginer, au bas de la passerelle de l’avion affrété spécialement pour Sa Sainteté, à l’imaginer nu, à quatre pattes, car il baise la terre qu’il foulera bientôt, dans cette position miraculeuse que les volumes mis à l’Index exposent sous le joli nom de levrette.
11. C’est spécial, l’égoïsme de certains, ceux qui vous appellent chaque semaine, souvent deux et trois fois chaque semaine, pour vous dire qu’ils ne vont pas bien, pas très bien, ou qu’ils vont mal, très mal, que ça ne pourrait pas aller plus mal. Ils vous appellent, vous, parce qu’ils savent que, pour vous, ça va toujours bien, que pour vous ça roule toujours tout seul. Et vous savez bien, vous, vous le savez depuis toujours, que leurs maux infernaux ne sont que tracas ordinaires. Vous écoutez. Mais il arrive que vous souhaitiez renverser la vapeur, qu’à votre tour vous sonniez sérieusement le tocsin. Votre problème, trois mots suffisent, illico réveille leur longue lutte, leur chemin de croix avec toutes ces stations plus douloureuses les unes que les autres. Vous, vous ne pouvez pas savoir. Vous fermez les vannes et reprenez vos billes. Vous écoutez.
12. C’est spécial, ces cuisinières qui, toute la matinée ont mitonné une recette nouvelle et qui annoncent, au moment de passer le plat, un peu inquiètes ou très sûres d’elles : « Je ne sais pas ce que c’est, mais ça sera comme ça sera ! »
Le Cri d'Os n°2, 2è trim. 1993
Séparé
Michel Valprémy
à Cathy Rousseaux
A l'instant flou,le corps repu des fatigues musculaires,je me glisse dans l'air zébré (pluie d'obliques éparpillées),aussi, claquées sur la vitreet les fleurs de la filleaux yeux impairs, à l'autre coin de la surface d'aggloméré.Je m'abouche au café pour avaler nos peines.Gencives cuites.Epingles dardées contre les brûlures du rasoir.L'observer, l'écorce froide.Mais le cerveau aimant, à épier des solutions d'amour ; précipite.Phrase tombée comme si l'esprit coulait:"Au chemin des miroirs et des herbes folles"Roule l'image des vitresbleues (taches des sulfatescontre la treille) briséesde silex, cachées dans lespaquets d'orties.Je me suis retourné jusqu'à l'origine.Sur les souvenirs on écrit leur échec.ageJ'ai perdu patiemment le mir de la fin du PUZZIEacleSeuls valides, les flashes inattendus,un crispement d'ailesune odeur à ton ventre,un œil fermé sur le sel…La fille pleurait toujours, impossible secours,parti.
Inédit, 04 février 1975
lundi 5 novembre 2012
Rails
Michel Valprémy
Jadis, aux promenades nocturnes et rares du père — buts :
une passerelle — disparus sous la vapeur épaisse.
Qu’imagine celui qui part ? Des obstacles : alarme ou chocs.
Un saut.
QU'IL RESTE !
Les horloges ne rétrécissent plus leur course.
Sur le quai ils multiplient l'envers du temps.
La vitre du wagon, 1' allure-vertige du couperet.
La main se balance et conduit la vitesse.
Un train-ennemi.
On entendra les saccades des machines.
Inédit, 14/04/1975
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