dimanche 24 juillet 2011
dimanche 10 juillet 2011
Salomé (Lecture d'une gouache)
Michel Valprémy
(Une vaste miniature. Couleurs : pastels les plus vifs. On hésitera d'abord. Tous ces rinceaux, virgules, arabesques et l'ornement baroque imprécisément détaillé. Il y aura une histoire.)
Au centre, Jean-le Baptiste, en sa tête tranchée, ce visage neuf, de pure glaise, l'œil ouvert, enfantin, — un seul, l'autre caché sous la mèche ondoyante, un bon rhizome — qui prédit encore ce qui EST, simplement. L'effacé illumine .Sur le sommet du crâne s'épanouit la colombe à double bec, une pose de Vierge enrobée de plis bleus«Du cou net un delta de sang clair — au mieux du baptême — se disperse...
Et il joint Salomé aux franges du lourd voile ultime, traîne envolée, de reflets d'améthyste, d'écumes et de cieux, palampore de fines galaxies, pour la nudité ambrée, fraîche d'ans.
Elle a dansé jusqu'à la sueur et toutes liqueurs.
Elle a bondi jusqu'à brûler ses seins enflés.
Elle rampa, son flanc luit de silex.
Elle cache son visage dans le réseau jais d'une chevelure éparse, mais la nuque de tresses et torsades ophidiennes. Elle secoue pour Jean ses boucles comme des fouets.
Elle au dansé jusqu'à la récompense.
Le voile boit le ru rouge, elle s'en écharpe.
(Elle a baisé sa bouche)
Et il joint le Fils de l'Homme fixe en sa cape d'émail rosé, carapace de toute initiation, tunique et suaire imaginés,
de dos
sous 1' ordre des cheveux blonds
face directe
à son calvaire. Toutes ces marches de chocs, de clous; et 1'agenouillade anniversaire des fidèles.
Le Jourdain source d'une bulle de vie décapitée, échappée — l'air essore le linge impudique.
l'eau lave plus que le pur.
Babylone flambe comme l'Enfer médiéval, l'acre pisé s'empoudre jusqu'à la lune d'argent damasquinée.
Plus de vent, la raideur du temps.
est consommé.
03/03/1980 – Inédit
dimanche 26 juin 2011
dimanche 12 juin 2011
Le Petit laboratoire de Mister H. (extraits)
Michel Valprémy
Mister.H cède à son vice :
LPDA n°41, janvier 1985 (extrait 1) ; L'Envers du Rien n°01, avril 1983 (extraits 2 et 3)
Mister.H cède à son vice :
Bric à brac, anguille sous roche pois de senteur formol à la pelle miroirs désargentés pistaches à foison ribambelle d’insultes pommettes du dernier émoi une poignée de main cardinale ½ litre de sperme (traites jour à nuit) 2 dimanche avec une mousson de pensées (fleur ou non) un coït sans pommade une pipe à eau garnie (voyez ce que je veux dire) un précis d’articulation avec en première page chichi-castenango et en deuxième rataragama une pincée de sel glacé un chien sans fusil un permis de se déconduire un lèche-cul portatif sourires cataplasme effigies des serpents-cocus à clochettes un pygmée toujours à la bonne hauteur (voyez ce que je veux dire) un dictionnaire vierge de nombreuse absences (on perdit hier la mémoire) un sanglot long quelques incertitudes des concordances atténuantes des retours à l’envoyeur
(…)
Moi
Oh les bajoues des mémères ces ruchers de plis gras et la semoule baveuse accumulée aux commissures des lèvres le pépé mouillant sa chique coincée entre deux caries plus tu bouffes plus tu chies t’as vu t’as vu çuici la moustache trempée de vin même le vermicelle on dirait qu’ils le font exprès
moi aussi je les aime aussi comme ça
et moi
Si on comptait les âges différemment (son propre vécu) j’aurais 4 ans et demi moi je remonte carrément aux sources : les couilles de mon père
je disais les adolescents d’Arabie menthent
Un anneau d’or m’attache encore je ne serai jamais tout à fait pèlerin
(…)
enfin tu y viens tu lèves l’embargo et aspires avec nous (ça te va bien le rire) sous le pull rouge je culbuterais bien ta peau et poisserais ce ventre tout petit bouda bien mieux que le baiser furtif des fidèles
je ne suis pas ton tire botte de toute façon j’ai perdu la main
paroles de vieil homme ses légendes cutanées même l’incision du pêcheur
euthanasie des plus vieux radars toutes les anfractuosités du silence à picorer ces graines du dernier don (génuflexion pour quémander ton sexe en aumône) je m’enlarve et m’essouffle – fleurs crépues dans les poumons
LPDA n°41, janvier 1985 (extrait 1) ; L'Envers du Rien n°01, avril 1983 (extraits 2 et 3)
dimanche 5 juin 2011
dimanche 29 mai 2011
Clo, 15 rue M
Michel Valprémy
Les dossiers d’Aquitaine n°08, novembre 85
au sortir d'un vagin opiacé des larmes lilas comme une lapée de crème odeur d'iode et de lourds bégonias friction d'orties de sel de vieilles images pieuses et ta main ongles peints coula rapide au revers de ma glu (je te frottais ma bouche) des seins mille papilles circulent ions pressés sous ma bave limoneuse (rubis sombre de tes tripes) Madame je vous creuse (et ton rire à surprendre le jardinier) tu disais heureuse en ouvrant les colonnes
ENCORELes dossiers d’Aquitaine n°08, novembre 85
dimanche 22 mai 2011
dimanche 15 mai 2011
Froide préface
Michel Valprémy
Inconnu célèbre ou célèbre inconnu, l'auteur de ces pages n'apparaît que sous cette dénomination énigmatique : Le Maître du Livre Froid. On a longtemps cherché en vain (personne n'a oublié les crises de démence puis le suicide du premier exégète, M. Z.) à expliquer l'origine de cet adjectif « Froid ». Peut-être faut-il tout simplement, sans trop extrapoler, admettre la correspondance ludique — un jeu quelque peu déroutant — avec cet astérisque sépaloïde couronnant le dernier mot du récit et exigeant impression obligatoire sur papier glacé.
Nous ne chercherons pas ici à résumer les quelques mille ouvrages et articles consacrés à la biographie virtuelle de notre anonyme. Bien que généralement on lui attribue une origine modeste (le collectionneur W. ne permet l'accès à sa précieuse vitrine que le 3 janvier, une fois tous les cinq ans et seulement si la neige est tombée), nous ne possédons de lui qu'un fragment de carte de visite où l'on distingue très nettement quatre lettres majuscules : GLAC, un bouton de caleçon en os, un peigne ébréché en écaille. Ces documents ont été découverts pliés dans un vieux chiffon de laine, avec le manuscrit mystérieusement disparu, dans l'étable de ce M. W. La date de composition n'est pas précisée ou très approximativement (une marge de quarante ans). On a parlé de faux, d'imposture, de plagiat, de palimpseste incompréhensible recopié et corrigé tant bien que mal par le palefrenier du même M. W.
Néanmoins nous avons devant nous une œuvre originale, exceptionnelle à tous égards qui a bouleversé le monde littéraire et artistique de ces dernières années. 85 conférences à Paris et en province, 3 colloques internationaux, 9 débats télévisés, un feuilleton radiophonique pendant 8 semaines, 5 courts métrages, une adaptation élaborée pour la vidéo, une altercation mémorable à la Chambre des Députés. Le Maître fut anobli à titre posthume par Sa Majesté la Reine Elisabeth II et la légende veut qu'un fauteuil reste libre à l'Académie Française au cas bien improbable où l'auteur se révélerait encore de ce monde.
Ce livre très ramassé (10 pages) et concis (21 mots) est traduit en 23 langues et dialectes. Sur les 10 pages une est réservée au titre Chair de poule, une à la dédicace « à moi-même », une à l'exergue signé X : « obscur, tellement obscur qu'on n'y voit goutte », une enfin au développement de l'astérisque. Nul doute que la mise en forme et la symbolique des nombres révéleront peu à peu leurs secrets.
Il serait fastidieux dans cette présentation succincte d'envisager une analyse approfondie du texte proprement dit. Pour ceux qui exigeraient de plus amples renseignements reportez-vous à l'étude en trois volumes de la collection « Le Mystère Nu » dans laquelle un séminaire des meilleurs critiques français et étrangers font le point de la recherche contemporaine sur ce chef-d'œuvre.
Y.
Il est recommandé au lecteur de ne pas parcourir ce livre à la hâte mais de disposer de plusieurs heures ininterrompues afin d'en apprécier l'exquise saveur poétique ainsi que toutes les répercussions philosophiques et ésotériques (particulièrement la page 7, vierge).
Publié dans Minuit n°50, septembre 1982
dimanche 1 mai 2011
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