LPDA n°41, juin 1985
samedi 7 juillet 2012
Le feuillet trouvé à Emmaüs
Michel Valprémy
II croit qu'il est exactement comme Brigitte Bardot, la B.
B. d'autrefois; il ne fait pas le capricieux, il a des envies subites. Par
exemple, il aime à l'occasion — mais c'est alors irrépressible — manger dans
mon cul; je veux dire que les aliments doivent donner 1' illusion de sortir, de
s'écouler de mon trou, le miel, les confitures, les radis avec leurs fanes, les
champignons de Paris, la cuisse d'un poulet, d'une dinde, les œufs
mollets...etc. Ce matin, contre mon gré (j'étais fin prêt pour partir au bureau),
il voulut essayer avec du yaourt parfumé à la vanille. Je pestai pour la forme
car je n'ai jamais su lui résister. Je dégrafai ma ceinture, baissai mon
pantalon et m'allongeai sur le vieux sofa qui en a vu et en verra bien
d'autres. Là, je dus moi-même, et sans rouspétance, maintenir mes fesses
écartées. Il secoua longuement le pot, prit tout son temps pour le décapsuler.
Je bouillais, j'étais déjà en retard. Enfin, goutte à goutte, il versa le
yaourt devenu, répétait-il, parfaitement onctueux. Quand je sentis sa langue
commencer le lapement, je lâchai un pet formidable. Je l'entendis rire. Je me
retournai; on eût dit qu'il avait neigé.
Les lectures érotiques ne me valent rien. Enfin, si, puisque
au bout du compte je finis toujours par me branler. Pourtant, ensuite, je ne
comprends pas pourquoi mon voisin d'en face me prive de son anatomie basanée,
pourquoi je ne lui présente pas la mienne, pâle certes, mais encore fort
consommable. Or, cette nuit, après lecture d'une volumineuse anthologie de textes
sulfureux, je fis un rêve qui me contenta pleinement. Lautréamont baisait
Breton en levrette. Le comte, doté d'un organe de solipède, ne ménageait pas sa
peine; il ahanait bruyamment, postillonnait, éructait. Le pauvre André mordait
l'oreiller ou bredouillait : Je n'ai rien
contre les pédés ! Je le jure ! Je n'ai rien contre les pédés !
Je dînais en compagnie de trois jolies femmes, deux jolies
et la troisième plutôt chevaline. On nous servit des bavettes à l'échalote
accompagnées de curieuses pommes dauphine, oblongues, grenues, presque aussi
grosses que des abricots. Je comptai: six paires de couilles dans mon assiette.
Tout en caquetant, mes compagnes les piquaient avec leur fourchette et les
mâchaient comme si de rien n'était. Pour ma part, je les pris délicatement deux
par deux en bouche et les laissai fondre le plus lentement possible. Personne
ne me demanda la raison de mon silence. La dernière paire connut un autre sort.
D'abord, sous la table, au creux de ma main gauche, je la soupesai en expert.
Puis je fis semblant de laisser tomber ma serviette et déposai les roustons
refroidis sur le carrelage. D'un coup de talon, je les réduisis en miettes.
A la foire à la brocante nous nous disputions âprement le Perséphone de Gide. Soudain, il me
regarda droit dans les yeux et me céda la plaquette. Il alla même jusqu'à me
l'offrir. J'acceptai donc de prendre, chez lui, le verre de l'amitié. Il avait
la soixantaine, était bien mis, sans recherche excessive. Il s'étonna de ce
qu'un garçon de mon âge s'intéressât à Gide, un vieux grigou ajouta-t-il.
Passant du coq à l'âne, il me demanda ce qui, sexuellement parlant, me
procurait le plus de plaisir. Au lieu de répondre haut et clair la vérité,
autrement dit tout ou quasiment, je ne sus que murmurer: Les seins. Alors,
pendant une heure, le vieil homme dont je ne vis plus que la tonsure, lécha,
mordit, aspira, titilla, grignota, pinça mes tétons avec un savoir-faire
rarissime. Nous en restâmes là. Tranquille et amusé je rentrai chez moi.
Dehors, un léger souffle agitait ma chemise restée entrouverte; le frôlement du
coton sur ma poitrine suffisait à entretenir une douleur extrêmement aiguë. Et
je me souvins d'une autre douleur, du dépucelage, d'un anneau de douleur,
témoin de la brutalité délicieuse de mon premier amour.
Chris, mon travlo préféré, vient de me raconter qu'un de ses
clients de la veille était si pressé qu'il ne prit pas le temps d'atteindre son
quatrième étage; il l'encula dans l'escalier. Pour se venger, Chris lui chia
sur la queue.
L'Arbre me hante n°2, "Pornographie", janvier 1990
Luc Lauras (2)
Michel Valprémy
Est érotique quelqu'un qui se laisse fasciner comme un enfant par un jeu et par un jeu défendu.
Georges Bataille
Chaque fois que Luc Lauras m’ouvre la porte de son atelier, j’éprouve
toujours le même étonnement (au sens fort classique), étonnement qui laisse le
beau rôle à l’admiration tout en m’incitant à opposer une résistance, voire un
refus. Il ne s’agit pas pour moi de conserver une position critique impartiale;
depuis mes premières rencontres avec le peintre, je sais ce que notre
connivence doit au silence et j’accepte volontiers que ma prise de parole soit,
entre nous, hors cadre. Pour reprendre les termes d’André du Bouchet,
j’ai hâte de tourner très rapidement le dos à la peinture et de m’engager
dans la lumière de l’espace qu’elle m’a ouvert
Etat de la lumière. Illumination. On pourrait à l’extrême en rester là,
à cette énergie qui nous irradie, et l’on ne sait si le rayonnement nous charge
d’un fluide bénéfique ou s’il contient les germes d’une contamination maligne. Ainsi,
entre deux sensations de la lumière, celle d’une agonie, celle d’une
convalescence, il est possible d’hésiter ou mieux peut-être de les confondre.
En effet, la première impression participe d’une saturation, d’une vibration.
On peut parler d’une fièvre de l’éclat.
Depuis ses débuts, en 1980, et continûment quel que soit le lieu, Luc
Lauras aime à proposer des alignements de plâtres ou de toiles avec une
prédilection pour le grand carré composé de quatre images de même
format. Ce panneau ainsi reconstitué multiplie les combinaisons harmoniques du
tracé et de la couleur. Notre lecture initiale, si on suit l’idée de fébrilité,
tient à la fois du trouble de la vision et de l’illusion d’optique. Sur cet
écran dynamique n’apparaît, d’abord, aucun récit préalable ou en devenir. La
stimulation primitive, loin de toute accoutumance, doit être éphémère, un
impact dont il nous appartient de suivre, d’analyser ─ ou de rejeter ─ la trace,
les promesses. Entre la fixité du panneau ─ ne l’est-il pas fondamentalement? ─
et sa mobilité, entre temps figé et durée fictive se crée un intervalle magique
où nous pouvons nous infiltrer, si tenace est notre quête de miroirs, de résonances
intimes.
Aujourd’hui, Luc Lauras semble vouloir négliger la présentation combinatoire
ou, plus justement, il cherche à l’adoucir, à se délivrer d’un accrochage dont
la répétition systématique, comme immuable, ne manquerait pas d’être assimilée
à un maniérisme. Il n’abandonne pas pour au tant sa conception sérielle mais la
prive de ses contours, de sa définition même; d’une part il la dissout,
l’occulte, suscitant une tension allégorique dans le lieu d’exposition et,
aussi, dans la chronologie de sa peinture ; d’autre part il la concentre
sur le tableau, unité séparée d’un ensemble, par une juxtaposition nettement
articulée, en diptyque, de deux monochromes (rouge et blanc) de surfaces
inégales. L’apparition du cadre peint, sensiblement différencié d’une oeuvre à
l’autre ─ l’icône supplée l’écran ─ confirme cette nouvelle orientation unitaire.
Il n’est pas question d’enclore l’image, de la cerner ou même de la souligner,
mais d’entretenir un processus de réverbération qui ne cherche pas à introduire
une confusion ou une trop grande limpidité entre le sujet et la matière, qui
les spiritualise (les dramatise exceptionnellement) en les unifiant à forces
égales, à substances égales.
Luc Lauras a longtemps utilisé des tons de pastel, singulièrement le
rose, le bleu, le jaune. On a évoqué jusqu’à l’écoeurement les layettes, les
confiseries de nos enfances et, partant, des balbutiements, un univers en
réduction. On a confondu à plaisir naïveté et juvénilité. Sans doute, au
départ, Lauras cède-t-il à une nervosité, à une virtuosité excessives,
impulsives que confirme une boulimie naturelle, mais, du moins, peut-on se
laisser convaincre par le paradoxe d’une incandescente fraîcheur. Si le peintre
sait retrouver une candeur primitive, il le fait en conscience, résolument (j’ai
pu écrire alors qu’il était coupable de son innocence). Pourtant, si on
accepte l’accusation de puérilité qui nous renvoie au bocal de pastilles, de
boules de gomme, il est facile d’admettre que seul compte le rayonnement,
obsession mentale liée au désir et à l’interdit. Les couleurs fondamentales,
qu’elles soient appliquées dans leur brutalité ou soumises aux variations du
blanc, synthétisent ─ nous l’avons vu ─ la lumière suivant deux directions,
éblouissement ou anémie, qui divergent sans s’opposer car elles tendent vers le
même vertige chromatique. La couleur est dans le corps et non pas dans les
airs écrit Gilles Deleuze, je dirai que l’œuvre de Luc Lauras témoigne d’un
érotisme de la couleur qui reste constant et remarquablement présent dans les
dernières sérigraphies très pâles, délitescentes, dans le violent antagonisme
des diptyques.
Luc Lauras a toujours poursuivi une expérience intime de la dualité de
l’ombre et de la lumière. En 1980, à la base sous-marine allemande de Bordeaux,
espace ténébreux par excellence, l’artiste, en toute liberté, en toute
impunité, plaque sur un mur bétonné deux alignements de plâtres colorés. Est-ce
un défi? Cherche-t-il à imposer un motif lumineux dans cette cave géante qui ne
reçoit, le jour, qu’une lumière rasante et exige, la nuit, une torche ou les
phares d’une voiture? Je ne le crois pas. Dans l’affirmative, il faudrait
admettre que le peintre se préoccupe de l’embellissement, de la décoration du
lieu dont il ignore volontairement l’historicité. Instinctivement Lauras
reconnaît ici les éléments métaphoriques de sa biographie, de sa sensibilité,
il peut y inscrire le point de repère originel de son univers pictural qu’il ne
perdra jamais de vue par la suite, même si, suivant les périodes, il ne
privilégie qu’un seul des éléments de base. Il n’est pas surprenant de remarquer
qu’à l’occasion de ses premières expositions en galerie, il cherche à recréer,
à prolonger cette atmosphère aride et magique en exigeant l’extinction des
spots.
De 1982 à 1984, la dynamique de l’éclairement de la surface peinte, de
l’éclairement des toiles et des plâtres entre eux, la présence physique,
tactile de la couleur sont prépondérantes, particulièrement séduisantes et
séductrices. Le geste pictural, immédiat, développe librement les premiers
acquis, joue de l’épaisseur du tracé, de ses empreintes rugueuses (sillons, coulées),
se fait chair avec hardiesse et sans doute une maestria feinte. Le plaisir de
peindre, la jubilation l’emportent en apparence sur la part d’ombre qui ne se
révèle ─ c’est aussi une dis simulation ─ que dans les postures de la figure
humaine, ce qui fait dire très justement à Sylvie Couderc que Luc Lauras peint la
cruauté dans l’allégresse. Quelques toiles, rares il est vrai, sont déjà
traitées en bichromie (dont une en rouge et blanc), mais l’effet kaléidoscopique
de leur juxtaposition bord à bord émousse alors la rectitude intrinsèque de
chaque oeuvre.
Après une période extrêmement réfléchie et rigoureuse (les nombreux
dessins préparatoires ou définitifs en font foi) concentrée sur les questions
d’équilibre du fond et de la forme où les couleurs tendent à ne manifester que
leur substance pour suggérer cet espace spirituel dont parlait Matisse,
les teintes se durcissent, s’obscurcissent, les plans larges et unis laissent
apparaître des transparences, porosité qui éclaire la toile de l’intérieur ou
laisse affleurer un envers ombreux.
En 1987, l’utilisation de la peinture à l’huile entraîne à la réalisation
des premiers monochromes dans des tonalités souvent foncées, terreuses jusqu’à
très noires qui, tout en maintenant une distribution interne et diffuse de la
lumière, font appel, par leur luisance, à l’éclairage électrique. Ainsi, Lauras
obtient-il pour lui-même ─ et pour nous spectateurs ─ une immobilité précaire,
un équilibre instable dans l’impossible tentative de restitution d’une lumière
de la mémoire, dans l’attente de son épuisement.
Lauras ne considère la couleur blanche ni comme un champ des possibles
ni comme l’aboutissement en territoire neutre d’une multitude de
résolutions chromatiques. Le premier monochrome blanc date de mai 88, il ne
joue pas, nous le savons, de l’effet de surprise en s’opposant radicalement
avec ce qui précède ou en engageant une séquence de repos dans les diverses
mutations. Le peintre ne cherche plus à nous soumettre, à nous imposer la
source et les vecteurs d’un éclairage qui matérialisait, peu ou prou, un état
psychologique, un potentiel émotif momentanés. Nous sommes plus que jamais libres
de notre regard. En renonçant aux artifices de la spatialisation, convaincants
en leur temps, l’artiste cherche une nouvelle aventure, se met en danger, à nu.
Son oeuvre soudain nous semble extrêmement dépouillée, plus simple encore
allais-je dire, mais aussi hors de portée, immatérielle et transcendante. La
perspective nettement appuyée de l’encadrement ─ en escalier ─ éloigne le
sujet, le dérobe et l’abolit accentuant la suggestion d’un passage obligé en
vue d’atteindre les confins d’un nouveau monde, des limbes, un lieu d’exil
éternel.
Il faut exalter la couleur et simplifier la
forme préconisait Paul Gauguin. Le tracé de Luc Lauras a toujours été
sobre, voire élémentaire ─ plus essentiel que fruste. Les figures du début,
quelles soient anthropomorphes ou zoomorphes, envahissent la toile, la
débordent, la dévorent. Elles prolifèrent à l’envi avant que de larges aplats
ne divisent la surface en plans et cernes colorés qui déterminent par contraste
profondeur, paysage et volume dans de trop rares sculptures.
Les personnages sont sexués. Ils désignent le corps du désir, leur
intimité réciproque. Ils connaissent la fatigue amoureuse, la courbature,
l’anxiété quotidienne. J’ai bu un demi Pontet-Canet, parce que, tant pis,
j’ai trois jours à vivre, et il me teint le cerveau en rose, qui pèse et
s’endort écrit Catherine Pozzi dans son Journal. Les personnages de
Lauras ont des ivresses paresseuses, ils s’assoient pliés en deux, se couchent,
ils peuvent dormir debout en de longues siestes où ils flottent, dérivent et
chutent. Ils s’agenouillent aussi, prient à l’occasion. La conjugaison du
mouvement, sa multiplication incoercible d’une œuvre à l’autre confinent à l’inertie,
à quelque léthargie désespéré que l’humour, le rire figé de René Crevel,
accompagne et souligne.
Après une étude approfondie, quasiment obsessionnelle, d’une forme
féminine académique reproduite à l’infini suivant différentes techniques ─
dessins, peintures, sérigraphies, bas-reliefs en plomb ─ Lauras oriente ses
recherches vers une nouvelle symbolisation du corps en utilisant du tissu qui,
saisi dans la pâte de la peinture, définit le relief de la forme, son
épaisseur, ses contours, ses aspérités et ses ombres infimes. La figure a perdu
ses rondeurs, la courbe a cédé devant la pliure mettant un point final, ou une
large parenthèse, à la référence matissienne. Certes, avec l’apparition de la
droite, d’une géométrie du corps, le peintre tend à exprimer aujourd’hui ce
qu’il appelle la tentation de l’abstraction ─ je le lui accorde en principe
─ et il insiste sur la valeur non-figurative des rectangles de tissu. Pour moi,
le linge l’a renvoyé aux langes et, simultanément, son geste et sa pensée ont
fonctionné suivant ce mécanisme: charpie, bandelettes, linceul, suaire, tombe.
Nous sommes en présence de dalles funéraires, au royaume des enfants morts, de
l’enfance morte. L’orant est devenu gisant, un animal le veille (comme sur les
tombeaux de Saint-Denis), le veille ou l’arrose. Plus que la stèle plate marmoréenne,
c’est la mort qui est nommée, la peau usée, crevée de la mort.
Les deux parties du diptyque ne se rabattront jamais l’une sur l’autre,
elles ne coïncideront pas, le rouge (à trop le fixer, il devient noir) et le
blanc sont séparés pour l’éternité. Elles expriment une tension verticale qui
est une invitation vers le bas, véritable archéologie d’une simple agonie.
Convalescent au lit, ancré de
courbature
Je me plais aux dessins bleus
de ma couverture.
Je cite Jules Laforgue pour entendre Luc Lauras m’accuser de poétisation.
Peu importe, ma première émotion littéraire, celle qu’on n’oublie pas, resurgit
dans l’atelier du peintre, un soir glacial de novembre 83 où je découvrais avec
retard une oeuvre déjà féconde. Je compris que toute son existence était
consacrée à la résurrection impossible d’une image aux contours simples (La
souffrance connaît peu de mots écrit René Char), d’une couleur que la
phrase ne sait pas peindre, que le voyage ne restitue qu’en de trompeux
mirages, une image, une couleur du dedans, perdues à jamais.
Eighty, A suivre, 2è trimestre 1990
Luc Lauras (1) (Inédit)
Michel Valprémy
Luc Lauras parle peu de son travail. Il faut forcer sa pudeur, lui
tendre des pièges. Il affirme presque trop vite qu’il n’a pas à tenir un
discours sur sa peinture. Il ne nous donne délibérément qu’à voir. Notre prise
de parole, toujours inquiète, privée de repères, trouve dans l’objet seul sa
juste focalisation; elle défie l’interdit mais accepte, en ce cas, de n’être
qu’une littérature dévoyée.
Les couleurs. Ce sont les couleurs qui frappent d’abord ou, comme disait
Valéry, qui tirent l’œil. Un soir de décembre 83, dans l’atelier du
peintre, je découvrais, avec retard, et globalement, une oeuvre, une histoire
déjà fécondes. Ce fut une illumination au sens concret du terme. En effet,
avant que de fragmenter notre regard, de nous essayer à une lecture analytique,
avant même que de désigner les tons utilisés, de surprendre leurs
distributions, leurs fonctions, nous sommes saisis par l’éclairement de la
surface peinte qui est aussi l’éclairement des toiles et des plâtres entre eux.
Il s’agit bien d’un état de la lumière. Je devais récemment retrouver cette
impression originelle à la base sous-marine allemande de Bordeaux. Dès 1980,
Luc Lauras, en toute liberté, en toute impunité, plaquait sur un mur bétonné
deux alignements parallèles de plâtres quadrangulaires. Cette impulsion
initiale d’une réalisation in situ n’est pas hasardeuse et mériterait d’être
renouvelée. A l’aide d’un schéma rythmique sobre, de couleurs tendres, d’un
tracé élémentaire ─ plus essentiel que fruste ─ l’artiste projette des images
qui organisent mutuellement un espace sensible, entêtant, où le signe et la
matière pleine pâte entrent en vibration. Le peintre, bien sûr, ne
décore pas, il n’a nul souci de l’embellissement; il ne tient pas compte de
l’historicité du lieu ─ à l’extrême, il le laisse en l’état. Toute référence aux
fresquistes du passé n’est qu’approximative. Le quidam égaré, le visiteur
averti ne décèlent aucune métamorphose, ils ne cherchent pas à décoder un récit
préalable ou en devenir. Il y a un écran coloré, présence à la fois étrange et
naturelle, qui ne manifeste, d’abord, que la substance de la peinture.
Luc Lauras prépare lui-même ses châssis, invariablement un carré. La
surface n’est pas définie une fois pour toutes. Le peintre ne symbolise pas son
choix, les extrapolations occultes nous abuseraient. Cependant, il est
intéressant de souligner son obstination à proposer, en galerie, un grand carré
composé de quatre toiles de même format accrochées quasi bord à bord, au plus
serré. Ce panneau ainsi reconstitué dynamise les droites, les courbes, excite
le chromatisme, multiplie les combinaisons harmoniques. Et nous oscillons entre
la fixité de l’image — ne l’est-elle pas fondamentalement? — et sa mobilité, entre
un temps figé et une durée fictive. Incorrigiblement en quête de miroir, de
résonances intimes, nous occupons cet intervalle magique, mémoire d’un jeu
lointain, cubes à assembler, kaléidoscope peut-être, d’une émotion oubliée,
perdue.
Dans les premiers travaux du peintre les tons de pastel dominent et,
singulièrement, le rose, le bleu, le jaune. On a évoqué jusqu’à l’écoeurement
les layettes, les confiseries (pastilles ou boules de gomme) de nos enfances
et, partant, des balbutiements, un univers en réduction. Or, si Luc Lauras a su
retrouver une fraîcheur, une candeur primitives, il agit en conscience,
résolument. Il est coupable de son innocence.
Au départ, il fait preuve d’une fébrilité soutenue, il est en état
d’urgence. La peinture coule, joue de son épaisseur. Elle occupe l’espace
avec nervosité et sans doute un excès de virtuosité. Il n’y a pas d’hésitation,
le geste est instinctif, juvénile. Les figures prolifèrent, les taches de
lumière se superposent, s’ensevelissent. C’est un art de la jubilation, du
plaisir de peindre. Puis, la turbulence s’estompe, l’accumulation disparaît
définitivement. Plus de faux semblants pourrait-on dire, l’image se décante
radicalement. Les aplats développent leur amplitude, la surface se divise en
plans et cernes colorés qui déterminent, par contraste, la profondeur, la
perspective (le savoir est cité),la forme aussi et le volume dans de trop rares
sculptures. La couleur est le paysage au sens large, le lieu du débat pictural.
Elle ne décrit pas, elle révèle et se révèle, sans simulacre, nue, suggérant
cet espace spirituel dont parlait Matisse ; point de narration,
mais une tension émotive et sensuelle.
Aujourd’hui, la palette s’est élargie, les teintes peuvent s’assombrir,
se durcir. Le peintre laisse apparaître des transparences, des humidités. On
subodore, au risque de s’égarer, un autre déchiffrement, une fluidité nouvelle,
un envers ombreux.
Il faut exalter la couleur et simplifier la
forme préconisait Gauguin. La figure, chez Luc Lauras, à la fois spontanée
et mesurée, tient de l’épurement. Elle est anthropomorphe, naguère chats et
oiseaux célébraient la courbe et le triangle. Les personnages sont sexués. Ils
désignent le corps du désir, leur intimité réciproque. Ils connaissent
la fatigue amoureuse, la courbature, l’anxiété quotidienne. Ils s’assoient,
pliés en deux, se couchent; ils peuvent dormir debout. Ce sont toujours de
longues siestes où ils flottent, dérivent et chutent. Et, paradoxalement, la
conjugaison du mouvement, sa multiplication obsessionnelle, confinent à
l’inertie, à quelque léthargie désespérée que l’humour, le rire figé de
Crevel, accompagne et souligne. Dans les pièces récentes, la silhouette humaine
éventuellement s’atténue, sans se diluer pour autant. Moins allusive, elle
suscite un monde mental qui résiste à l’interprétation et refoule la vanité, la
vacuité de nos descriptions.
L’importance des dessins préparatoires ne cesse de grandir. Ce sont pour
la plupart des oeuvres abouties. Elles ne témoignent pas d’un éparpillement,
d’une perte d’énergie ou d’une surabondance. Elles résultent au contraire d’une
ascèse, inlassable remise en question ou variation infinie d’un instant volé.
Luc Lauras ─ je le sais, je le vois ─ décompose l’éternité de son angoisse. Il
n’y aura pas de repos.
Inédit 1987
vendredi 6 juillet 2012
La ligne médiane
Michel Valprémy
Ce n'était pas qu'elle fût
folle, pas plus que vous ou moi et beaucoup moins que la Jeanne que l'on enferma
l'été dernier. Non, ce n'était pas la folie mais, parfois, contre toute raison,
elle décidait de ne pas tenir compte des usages et des codes ou de les
détourner à sa guise. Cette bizarrerie, au demeurant sans importance,
entraînait des quiproquos, des confusions, des malentendus que nous, la
famille, tentions de rattraper au mieux. On appelait ça : "redresser la
situation". Ainsi, il y a deux ans (je cite cette anecdote comme exemple),
le jour des grands départs en vacances, le jardinier, tout essoufflé après une
course de plus d'un kilomètre, devenu bègue sous le coup de l'émotion, parvint
à nous annoncer que notre mère, épouse, sœur, tante et grand-mère était
certainement morte à cette heure écrasée sur la route du Moulin du Pont., Nous
nous précipitâmes et, risquant notre vie à tour de rôle, nous eûmes le plus
grand mal à la convaincre de quitter la ligne médiane qui n'était pas réservée,
comme elle le prétendait, aux piétons. Elle se plaignit de l'étroitesse de la
bande blanche que ses pieds débordèrent à plusieurs reprises, jugea notre
inquiétude très exagérée avec ce léger sourire qui nous signifiait que, comme
d'habitude, nous étions en retard d'un tour d'horloge.
On profitait de ses
siestes, des courses, de la messe pour se réunir par petits groupes et décider
de l'irréversibilité de son cas. Il s'agissait à coup sûr (on y mettait la main
au feu, la tête à couper) des séquelles de l'épidémie de grippe espagnole qui,
alors qu'elle était bébé, avait tué en quelques jours quatre de ses frères
aînés. On l'avait déposée, fiévreuse, près de la cheminée, dans un panier. On
ne s'occupait plus d'elle, l'abandonnant à une mort inévitable. Mais, à
l'étonnement de tous, elle s'était "dépouillée comme un serpent" et
avait survécu. On rappela en outre une chute de vélo sur un tas de cailloux qui
la laissa plus d'une. heure sans connaissance, une autre, aussi grave, alors
qu'elle jouait à l'équilibriste sur un tronc d'arbre, les yeux bandés, avec .un
cerceau en mouvement autour de la taille et, soi-disant, un œuf de cane posé
sur le plat de chaque main. On n'a jamais ajouté foi à cette histoire de graine
de haricot enfoncée dans sa narine gauche qui, oubliée, aurait fini par germer
provoquant des névralgies intolérables. On n'évoquait cette fiction que pour
entendre un des membres de la famille affirmer : "C'est plutôt un
petit pois qu'elle a dans la tête, un petit pois à la place du cerveau".
Le rituel de ces
conciliabules s'achevait sans qu'aucune décision ne fût prise. Nul n'ignorait
que pendant des mois, une année ou deux peut-être, il ne se passerait rien
d'alarmant, voire de grave, pour elle-même, pour l'entourage et le voisinage.
Dans ce laps de temps,
plus ou moins extensible, de notable accalmie, on s'amusait donc de ses
"bizarreries sans importance" qui donnaient quelque relief à
l'écoulement monotone des jours "réglés comme du papier à musique".
Elle avait la curieuse habitude, quand elle montait à l'étage, de quitter ses
pantoufles en haut de l'escalier et de les laisser sur la dernière marche
tandis qu'elle gagnait les chambres, ceci afin d'éviter de marquer le parquet
qu'elle cirait chaque lundi. Quand elle décidait de redescendre, alors que
personne ne l'appelait, elle se mettait à courir dans le couloir et sautait à
pieds joints dans ses chaussons. Inévitablement elle débouchait dans la cuisine
sur une pétarade feutrée, nous invitant à préparer les compresses. Il faut
préciser que, dotée d'une forte corpulence, elle ne pouvait s'autoriser, à
soixante ans, aucune licence acrobatique d'autant plus que, victime d'une
coquetterie inextinguible, elle avait souhaité, malgré nos mises en garde, une
intervention chirurgicale qui, certes, avait considérablement réduit ses
oignons (qui ne la faisaient pas souffrir mais déformaient par trop ses
souliers) et, par la même occasion, considérablement augmenté le volume de ses
jambes, après de douloureuses phlébites qui la laissèrent longtemps alitée.
Sa maladresse était bien
connue, elle prenait un certain plaisir à nous montrer les traces de ses
cicatrices, les écorchures, les coupures, les hématomes. Si elle saisissait la
queue brûlante d'une casserole, elle sifflait pour tromper sa douleur et, sans
lâcher prise, tournait autour de la table, les yeux exorbités. Jamais elle ne
s'asseyait confortablement, elle se penchait en arrière en équilibre instable,
satisfaite lorsqu'un seul pied de la chaise supportait son poids. Mille fois
nous l'avons prévenue qu'elle finirait par tomber dans le feu. La trappe de la
cave l'assomma à plusieurs reprises, tous les trottoirs de la bourgade furent
responsables de chutes mémorables, elle ne parvint pas à comprendre, était-ce
un parti pris esthétique ?, que pour accéder aux plus hautes étagères ou pour
changer une ampoule du lustre il est d'usage, quand une échelle fait défaut, de
disposer un socle de base plus large que les volumes qu'il doit supporter. Elle
réfléchissait, optait toujours pour la solution contraire.
Une seule fois, après ce
raclement de gorge caractéristique qui préludait à ce que nous avions convenu
de nommer "ses absences", alors que, suivant les conseils du
spécialiste, je la tirais par le coude pour la ramener sur terre et lui
interdire cette fuite qui nous intriguait, elle m'avait expliqué :
"II faut me laisser partir, c'est là-bas que je suis bien. Quand je
l'entends pousser je suis bien. C'est comme un bruit d'écorce, ça ne fait pas
beaucoup de bruit, c'est plus doux que doux et des portes, des fenêtres
s'entrouvrent et le vert et le bleu entrent, on ne sait pas d'où ça vient, ça
entre partout et je me sens légère et
souple et leste et je suis bien, bien,
je ne peux dire que ça".
Ce matin elle retourna sur
la route du Moulin du Pont en prenant soin de ne pas quitter le bas-côté. Il
pleuvait un peu, elle avait mis son chapeau d'été et tenait par la main le plus
jeune de ses petits-fils. Elle ne parlait pas. Il ne fut pas surpris quand elle
toussota et lui demanda d'aller cueillir ces fleurs jaunes près de la rivière.
Elle traversa la route, s'arrêta sur la ligne médiane.
Le temps de la nouvelle, février 1985
jeudi 5 juillet 2012
La liaison archipel (inédit)
Michel Valprémy
à Raphaël
La plage crisse, cap de
silence " Comme souches, d'une rive à l'autre, sans parure, enduisons-nous de sel
jusqu'à craquer. "Au plus haut (une courbe fluor sur nuages) le voyageur ou
l'absent...
L'ailleurs le possède,
j'en appelle aux margelles, aux cordes huileuses, à la dague effilée. La
douleur autopsie, des boutons inguinaux mûrissent. Il ne sourit
plus^.évangélisant ses dents, dans l'obscur il déployait des lights.
Il se couchera sur le quai, je lisserai sa carapace
d'une main de charron et, deux nuits plus tard, au premier urticaire, il
cassera 1'écaille.
Rester c'est mon exode (sur
l'oreiller encore la marque de ton coude). Tu vibres nu dans l'ombre des
palmes, store de l'éden. Mon rêve pullule, quelques bulles éclatent nulle part
et tu ne parais plus. Je découpe tes images, les isole dans le tas anonyme,
fredonne ton chant que je bus proche. Ma nuque se décale sur ton spectre, je
vomis dans mes doigts, sur les pavés indignes.
Et toute la nuit vibre comme ce train muet (l'infortune
des ponts quand les berges refluent), comme ce train muet jusqu'à l'or de ton
cou que cache le pull sang.
Tu accentues le froid, pommettes couturées, serviteur
des dolences (lacet étrangleur de l'écharpe) et mêle ta toison, le ferment de
ton ventre aux boucles du tapis.
Je goûte le scalp, les segments de ton marais. Puise
ta lèvre pâle où grivoise le pouls. Par trois fois l'Ange et le Sphynx
gémissent. Carillonne l'épreuve dans le cerceau de l'œil, l'énigme s'insinue.
Quand le soleil se frange sur la buée des vitres,
c'est un pays perdu.
à Claude
Ça vient, mes échecs matinaux
se couvrent de draps secs. Ça vient, comme une horloge sans chiffres ou œuvrant
affolée. Ça vient, sans répit et loin
des donjons. On se joua des licences x à l'hôtel, des exemples de nudité (territoire
ombreux du miroir).
TU BRULES DANS MON
GUET ! Un rideau soulevé, ton lacet défait, ma ceinture arrachée. Le jour
me tait, la surprise déserte, rites à rebours d'un élan, compas brisé de nos
accolades»
Je t'égare dans la foule
infirme, dans des savanes apprises une herbe l'autre, sous une bourrasque de
hannetons. Je t1étouffe dans des hamacs, te noie sous des douches glacées. Au
rond-point de mes instances je te loue, floué dans mes rêves, je te loue et
toutes tes somnolences privées' Même à genoux on ne m'a pas forcé.
A travers la fenêtre
l'arbre ne vit plus. La promesse est confidente, les derniers gestes ont fondu,
notre immobilité gèle. La nature reste close quand nous nous enfermons. J'envie
le nomade et les soirées de contes (caché sous les roseaux, pour ses proches,
un traître prend des notes).Le lit est ouvert tout le jour, plus rien ne s'y
cache, ne s'y joue.
Horizon, les falots... que diront nos cendres à
l'investigateur ?
Un phare joue
l'alternance, roulette des faisceaux, laps nocturne, gifle soleil. A ciel
ouvert les navires se tuent.
Garçon, ton jeu aux mansardes ajuste le hennin, une
bague tragique. La dentelle froissée (magie des malles moirées) frôle ta jambe
lisse, pied-s- peint-e-.Tu ne sais que parchemins occultes, une allée de cyprès,
le destin des flèches médiévales, tours et arcs.
A ton nombril déjà la
blatte fouit.
à J-F S-V
Je n'ai rien entendu (le
brouillard de la lande), avant de me crever les tympans, une main griffue
déploya le trémail humide, enserra ma tête dans des byssus visqueux, des
tentacules ossifiés.
A l'épaule, je porte la
marque concave des galets. Les oiseaux salins, muets, creusent le sable entre
les pals d'une digue épuisée et, picorant mon ventre, mes aisselles infestés,
me couchent sur leur fiente. Ils couvent les gerçures éteignant dans leur gorge
le vent des îles arctiques.
Que viennent les
lapideurs, les grands chiens enculeurs, l'heure nocturne des tortues
parturientes !
Inédit, février 1984
La chambre orange
Michel Valprémy
Dans la lumière boulangère de l’été
Thierry Dessolas
Dès le second jour du voyage, je ne voulus plus quitter la
chambre. Je prétextai des lourdeurs d'estomac, un ventre démesurément gonflé.
Il suffisait d'entendre le boucan à l'intérieur, les gargouillements, un raffut
de tous les diables. J'accusai la morue grillée de la veille, l'huile d'olive
frite.
Thomas n'en attendait pas moins de moi. A Grenade et
Florence, j'avais déjà horriblement souffert des dents ; au Caire, à Marrakech,
des coliques me tenaillaient ; je crachais du sang à Amsterdam ; et à Nice,
oui, à Nice, un eczéma on ne peut plus spectaculaire me couvrait le visage et
les mains.
Cette fois-ci, à Lisbonne, malgré d'inavouables efforts, je
compris qu'aucun malaise tangible ne s'installerait. Thomas souleva ma chemise
et, en un clin d'œil, estima que j'étais plus plat que la morue du dîner, fort
succulente, et fraîche, fraîche avant tout, très. Il confondait, bien sûr,
morue et limande. Il n'insista pas. Il sortit, seul.
Il sortit seul chaque jour de la semaine. Jamais je ne
m'étais senti si bien portant. Le soir, il me parlait du Tage, de l'Alfama, du
tremblement de terre, des magasins incendiés, des torsades manuélines, des
couples d'aveugles, du bruit incessant des baisers dans le métro, d'un Jérôme
Bosch, des écuyers de l'arène sur leurs chevaux fringants et des beaux garçons
métis à l'œil oblique.
Il m'achetait du raisin et des biscuits farineux. Il me
plaignait de devoir rester enfermé. Il ne comprenait pas. Il croyait que je
continuais de détester toutes les villes, la foule, les places publiques, les
commerces. Il ne savait pas qu'à force de patience et de réflexion, avec trois
fois rien, quelques planches et des rideaux qui ne servaient plus, j'avais
bâti, en plein air, l'été de mes sept ans, une chambre magnifique, une chambre
orange, celle d'un berger qui deviendrait roi.
Le matin, à Lisbonne, je m'ennuyais. A aucun moment je ne
tentai de retenir Thomas ; passé midi, il eût fallu le pousser dehors. Je
comptai et recomptai les centaines de fleurs de la tapisserie, les milliers de
petits carreaux de la salle de bains. Je fis de la gymnastique, des exercices
de jeunesse, difficiles et douloureux. Je me rasai les aisselles, le pubis, les
orteils. Je ne lus pas, n'écrivis pas.
Dès quatorze heures, le soleil s'infiltrait à travers les
stores dépliés ; il embrasait la chambre ; et mon corps nu, trop pâle, prenait
la couleur des tourtes d'autrefois, d'un pain bien cuit que l'on aimait
caresser, à l'endroit, à l'envers, avant d'y plonger sans regret le couteau.
Interventions à Haute Voix n°19, "Chambres", juillet 1990
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